Riche de son succès mondial, Facebook a lancé ce lundi sa version pour le bureau, baptisée Workplace (lieu de travail en anglais). Cette version, payante, du plus populaire réseau social au monde (qui affiche plus de 1,7 milliard d'utilisateurs en juillet) entend proposer aux entreprises, associations ou ONG un réseau interne plus simple que les intranets traditionnels, tout en offrant aussi une plateforme de communication directe pour remplacer, en partie, l'envoi de courriels entre salariés et collègues.

Baptisé auparavant «Facebook at work» (Facebook au travail) tant qu'il était au stade du projet, ce nouvel outil de collaboration en temps réel est développé depuis deux ans par le géant américain dans ses bureaux londoniens et déjà testé en version bêta par un millier d'entreprises dans le monde.

«Nous remplaçons des choses qui existent déjà en les regroupant dans un seul outil qui permettra aux utilisateurs d'avoir un mur d'information -- comme sur leur profil privé --, Facebook live, le videochat, etc», explique Julien Codorniou, directeur général de Workplace, précisant que «95% de ce que nous avons développé sur Facebook est intégré à Workplace.» Le géant de l'Internet compte donc bien sur l'habitude de ses utilisateurs privés pour adopter, au bureau, leur plateforme d'échanges d'informations favorite.

Cependant, nul besoin d'avoir un compte Facebook personnel pour utiliser Workplace. Au contraire, cet outil séparé respecte l'indépendance des entités et offre à son utilisateur la possibilité de s'y connecter avec son adresse électronique. De même, Workplace affiche le sérieux du gris comme couleur dominante et non pas le bleu typique de sa version personnelle.

Accessible sur ordinateur comme sur téléphone ou tablette mobile, la plateforme Workplace est disponible pour toutes les entreprises, de la PME à la multinationale. Ce nouveau réseau social professionnel permettra en outre à des sociétés partenaires de créer des groupes secrets sur le modèle de ceux existants déjà sur Facebook. Workplace précise à cet égard ne faire que transiter les données, qui resteront la propriété des entreprises.

Ces dernières paieront un abonnement de 1 à 3 dollar (ujn peu moins d'autant d'euros) par salarié connecté et par mois, selon la taille de leur structure. Les ONG et structures telles que les grandes écoles pourront, elles, bénéficier du service gratuitement.

Réagir plus rapidement

«Pour l'heure, nous avons 1000 entreprises, qui ont créé 100000 groupes, ayant déjà basculé sur Workplace avant son lancement mondial», a relevé M. Codorniou, qui affirme que Workplace, qui reprend les principes d'utilisation de son aîné, ne nécessite aucune formation, surtout pour quelqu'un qui utilise déjà Facebook à titre privé.

Parmi ces entreprises, des groupes tels que Danone ou Booking.com, des sociétés financières telles que la Royal Bank of Scotland ou les ONG Oxfam ou Save the Children.

Danone, où quelque 5.000 employés ont testé la plateforme en quinze mois, veut ainsi faire basculer ses 100000 salariés sur Workplace d'ici la fin du premier trimestre 2017, avance Francisco Camacho, directeur général du pôle eaux de Danone. Pour lui, l'atout principal de Workplace réside dans sa conception orientée vers un usage sur support mobile en premier : «Les gens sont plus mobiles aujourd'hui, et quand ils ont la plateforme entre leurs mains, ils peuvent échanger [des informations] plus rapidement, partager des idées plus rapidement et réagir plus rapidement», explique-t-il à l'AFP.

Où est la frontière entre travail et vie privée


Cependant, la nouvelle plateforme ne manquera pas de relancer les questionnements sur les frontières entre vie professionnelle et vie privée, à l'heure ou énormément de salariés ne déconnectent jamais vraiment en dehors des heures officielles de travail.

«Facebook n'a jamais été vraiment quelque chose qui pousse à travailler, mais plutôt le contraire : comment rendre sa vie sociale plus riche» en partageant davantage de textes, photos et vidéos avec ses amis et ses proches, pointe cependant Craig Le Clair, analyste au cabinet Forrester, pour qui le principal défi de Facebook sera de faire évoluer son image.

Pour s'imposer, le géant américain espère en tout cas pouvoir compter sur sa force de frappe. Son réseau social d'entreprise Workplace est déjà disponible en 100 langues : «C'est un marché potentiel de 2,5 milliards d'employés dans le monde, qui n'est la cible de personne actuellement. Nous avons l'ambition de connecter le monde, ce qui passe par le monde de l'entreprise», conclut Julien Cordoniou.

Source: leparisien.fr