Apple et Google ont été sommés par la Russie de supprimer LinkedIn de leurs magasins d'applications respectifs. Mi-novembre, le site du réseau social avait été censuré dans le pays.

La Russie ne veut plus de LinkedIn sur son territoire. Après avoir ordonné en novembre la censure de la version Web du réseau social professionnel, les autorités russes ont réclamé à Google et Apple de retirer son application mobile de leurs plateformes respectives, Google Play et l'App Store. L'information, rapportée par le New York Times, a été confirmée par Apple et LinkedIn. Google s'est contenté de réaffirmer qu'il adhérait aux lois locales des pays dans lesquels ses services étaient accessibles.

À moins de contourner ces interdictions par le biais d'un VPN, un réseau privé virtuel qui permet d'accéder à des sites ou des services en ligne à distance, il est désormais impossible pour les internautes russes de trouver l'application depuis l'App Store ou Google Play. Cette censure constitue une victoire numérique pour la Russie. Le pays maintient depuis plusieurs semaines que le réseau professionnel américain est hors la loi. Depuis septembre 2015, les entreprises du Web ont l'obligation de stocker sur le territoire national les données des ressortissants russes. LinkedIn racheté par Microsoft mi-juin, a jusqu'à présent refusé de se plier à cette règle. Roskomnadzor, l'agence gouvernementale de surveillance des télécommunications, avait saisi la justice russe dès août 2016 pour sanctionner ce refus.

Les géants du Web face aux États

En sommant directement Apple et Google de retirer LinkedIn de leurs plateformes respectives, la Russie prononce une sanction inédite. Le pays avait jusqu'alors pour habitude de passer par les fournisseurs d'accès (FAI) pour bloquer l'accès à certains sites sur son territoire. Plusieurs grandes entreprises emblématiques, réticentes au premier abord, ont fini par se plier aux désidératas du Kremlin en matière de stockage des données personnelles. Google a déplacé plusieurs serveurs mi-avril 2015, pour héberger les données des ressortissants russes sur leur sol, selon les informations du Wall Street Journal.

Même démarche pour Apple, qui a consenti en septembre 2015 à louer des serveurs russes de l'entreprise IXcellerate, pour répondre à la demande du pays.
Une telle démarche de la part de la Russie s'inscrit dans un contexte de résistance accentuée des États face aux géants du Web américain. Fin mai, l'Iran a menacé de bloquer toutes les applications de messagerie qui ne rapatrieraient pas les données de ses concitoyens dans le pays. La Turquie bloque régulièrement l'accès aux principaux réseaux sociaux et applications de messagerie, dont Facebook, Twitter ou encore WhatsApp, en cas d'urgence. Ces trois réseaux ont été à nouveau bloqués dans les quelques heures ayant suivi l'assassinat de l'ambassadeur russe à Ankara. Turkey Blocks, une organisation spécialisée dans la censure du Web en Turquie, précise sur son site que le pays lance désormais son propre moteur de recherche, conforme «à la culture et aux valeurs nationales». Les États autoritaires ne sont pas seuls à être regardants face au mode opératoire des géants du Web. Fin octobre 2015, la CNIL allemande leur a interdit de stocker leurs données hors du sol européen, note Euractiv.

Parfois limitées bien malgré elles, les entreprises américaines peuvent également consentir à s'adapter à la rigidité de certains pays dans lesquels elles opèrent. Pour conquérir le prometteur marché chinois, Facebook s'est récemment déclaré prêt à accepter une forme de censure. Le réseau social a créé un outil capable de supprimer systématiquement et automatiquement certains contenus de sa plateforme jugés sensibles par le gouvernement chinois. Le 5 janvier, Apple a confirmé avoir retiré l'application du New York Times de la version chinoise de son App Store, sur demande des autorités locales.

Source: lefigaro.fr