Le mois dernier, un bébé est né à Mogadiscio, la capitale somalienne, avec une grave anomalie oculaire nécessitant des soins à l'étranger.
Le petit devait se rendre en Turquie mais, avant que les documents administratifs aient été tous remplis, un porte-conteneurs, sans doute le MSC Alice battant pavillon panaméen, a, sans le vouloir, ajouté aux difficultés d'un pays plongé dans la violence politique depuis plus de 25 ans. Son ancre venait accidentellement de couper au large du port de Mogadiscio le principal câble optique reliant la Somalie au reste du monde.

Depuis ce 24 juin au soir, ce pays de la Corne de l'Afrique est privé d'internet, ce qui se traduit par des pertes économiques estimées par le gouvernement à 10 millions de dollars par jour (9 millions d'euros) et provoque des tragédies comme celle du bébé dont la guérison dépend des relations de la Somalie avec l'extérieur.

Diaspora sur internet

Une petite minorité possède bien les moyens de se connecter par satellite mais la plupart des 6,5 millions d'habitants du sud et du centre du pays sont plongés dans le noir, explique Mohamed Ahmed Jama, directeur général de Dalkom, une société somalienne de télécommunications qui fait partie du consortium du Eastern Africa Submarine Cable System. Long de 10.000 km, ce système de câble optique sous-marin permet l'accès de la côte est et sud de l'Afrique à l'internet.
Le blackout est venu compliquer un peu plus la vie des Somaliens dont près de deux millions, fuyant la guerre, ont créé à l'étranger une diaspora qui gagne de l'argent qu'elle envoie ensuite au pays.

L'internet est précisément ce qui relie ces Somaliens de l'extérieur à la Somalie.

"En Somalie, le secteur des télécommunications a prospéré, même pendant les pires années de conflit", déclare Ahmed Soliman, spécialiste de la Somalie au centre de recherches de Chatham House de Londres. "Les Somaliens des villes sont de plus en plus reliés en ligne depuis le lancement de la fibre optique en 2014", ajoute-t-il.

La Banque mondiale estime à 1,4 milliard par an le montant des versements de l'étranger, soit un quart du PIB national.
Habiba Mohamud, chargée de relation avec la clientèle à l'International Bank of Somalia, à Mogadiscio, souligne que le département des transferts internationaux est fermé depuis la rupture du câble le mois dernier.

Mme Mohamud est personnellement touchée par l'incident. Elle ne peut plus lire ses courriels et peine à communiquer avec sa famille au Nebraska, aux Etats-Unis.

Les appels téléphoniques à l'international coûtent cher et, généralement, elle passe par WhatsApp et Viber, des services de messagerie via internet.
"Cela affecte tous les aspects de ma vie, ma vie sociale, familiale, amoureuse, professionnelle", explique-t-elle.

Information égale survie

Plus encore, l'internet joue un rôle crucial pour les habitants de la capitale où les shebab, des insurgés liés à Al-Qaïda, commettent régulièrement des attentats et où des informations parfois littéralement vitales sont partagées plus rapidement sur les réseaux sociaux et messageries.
Hassan Istiila, rédacteur en chef à Radio Dalsan, une station qui revendique quatre millions d'auditeurs, explique que Twitter représente un outil unique pour recueillir et diffuser l'information sur les attentats.

Plus de quinze jours après la rupture du câble, le propriétaire du MSC Alice, la Mediterranean Shipping Company dont le siège est à Genève, assure toujours enquêter.

"A la suite des informations selon lesquelles un câble sous-marin a été endommagé, la MSC enquête sur l'incident avec d'autres parties concernées et ces investigations en sont à un stade précoce", a déclaré la société dans un communiqué.

Ce genre d'accident, où des câbles sont coupés par des ancres au fond des mers, n'est pas rare le long des côtes est-africaines et ailleurs. En 2012, six pays d'Afrique ont été coupés d'un seul coup. Mais il faut rarement des semaines pour réparer.

Le gouvernement somalien et Dalkom espèrent une réparation et un rétablissement de l'internet dans la semaine.

Source: lepoint.fr