Le directeur général de Djezzy, Tamer El Mahdi, a été convoqué hier par la police suite à une plainte de la Banque d'Algérie pour atteinte à la législation des changes. L'information a été annoncée par la maison mère, Orascom Telecom Holding (OTH), dans un communiqué publié hier à la Bourse du Caire et repris par l›agence britannique Reuters.

«La société exclut avoir effectué des opérations non conformes à la législation des changes. Le premier responsable d'Orascom Telecom Algérie a présenté et continuera de présenter des éclaircissements à cet effet», ajoute-t-on dans le même communiqué.
La plainte de la Banque d'Algérie porte sur des services de soutien fournis à OTA par sa maison mère OTH. La Banque d'Algérie estime que ces prestations, réalisées en 2007, 2008 et 2009, n'ont pas été réalisées conformément à la réglementation sur les changes et les transferts de devises. OTH rejette ces accusations. Le groupe égyptien dément ainsi avoir agi de quelque manière qui ne serait pas conforme à la loi algérienne et assure avoir commencé à fournir tous les éléments pour répondre aux «allégations soulevées par la Banque d'Algérie». OTH ajoute qu'OTA n'a pas reçu de nouvelle demande de la part des services fiscaux. Orascom Telecom avait déclaré, en avril dernier, avoir fini de payer une facture de près de 600 millions de dollars d'arriérés au fisc, notifiée en novembre 2009 et portant sur les années 2005 à 2007.

L'agence britannique Reuters, en citant des sources gouvernementales algériennes, avait indiqué dimanche dernier que l'OTA s'est vu notifier le paiement des arriérés d'impôts exigés de l'opérateur. Cette nouvelle affaire intervient dans un contexte assez tendu entre ce groupe égyptien et les autorités algériennes et aggravé par les dernières déclarations peu amènes envers l'Algérie, lors du Sommet des marchés émergents organisé le 16 septembre à Londres. Le PDG d'OTH, Naguib Sawiris, avait ouvertement et clairement accusé le gouvernement algérien de faire pression sur OTA. «Nous avons atteint une part de marché de plus de 70% dans les télécoms où il y a trois acteurs. Nous sommes les plus grands et ils ont commencé à exercer des pressions sur nous pour la simple raison que nous étions très rentables et que nous avons réussi», avait déclaré M. Sawiris. Les relations entre le groupe Orascom et les autorités algériennes se sont détériorées après la cession de la filiale Orascom Cement au groupe français Lafarge.

L'Algérie lui reprochait d'avoir profité des avantages fiscaux qui lui ont été accordés pour vendre ensuite à coups de milliards de dollars. Ne voulant plus voir se répéter le coup des cimenteries, l'Etat algérien a vite réagi à l'annonce d'OTH de sa volonté de vendre sa filiale algérienne Djezzy. Ayant déjà mis des garde-fous dans la loi de finances 2009, l'Etat a fait valoir son droit de préemption et commencé le travail d'évaluation de la valeur de l'entreprise. Un comité a été installé au niveau du ministère des Finances. Un bureau d'études algérien est en train de travailler avec des bureaux d'études étrangers sur cette question. Selon le ministre de la Poste et des Technologies de l'information, Moussa Benhamadi, le comité doit terminer son travail avant la fin de l'année en cours.

En s'attaquant à l'Algérie, M. Sawiris, qui cherche à faire croire qu'il est victime d'un complot, semble oublier, selon les observateurs, dans quelles conditions il a réussi à monter son affaire (Djezzy) en Algérie. L'on évoque ainsi «les largesses» dont il aurait bénéficié au détriment de l'opérateur historique Mobilis. OTA est arrivé en Algérie avec sa marque commerciale Djezzy en février 2002 après avoir acquis, en juillet 2001, une licence pour 737 millions de dollars. L'obtention de cette licence et la rapidité avec laquelle Orascom a conquis le marché algérien n'ont jamais cessé de soulever des interrogations
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