Izosimov estime que l’Etat algérien doit permettre à Vimpelcom de posséder et de gérer l’opérateur Djezzy.


Vimpelcom, nouvel actionnaire majoritaire d’Orascom Telecom Holding, pourrait avoir recours à une action en justice si Alger tente, par un moyen ou un autre, de «léser» l’opérateur russo-norvégien de téléphonie. Alexander Izosimov, CEO de Vimpelcom, a été, dans une déclaration faite au Financial Times, la bible de la finance internationale, on ne peut plus clair. «Si le gouvernement algérien entame des mouvements ou extrait des actifs, nationalisation ou autres, nous n’hésiterons aucunement à défendre nos droits», a-t-il affirmé, et ce, en prenant des mesures juridiques devant un tribunal d’arbitrage international. Toutefois, cette option demeure, pour l’instant du moins, «dans le pire des scénarios».

Le patron russe a, en effet, assuré qu’il restait des plus optimistes quant au règlement à l’amiable de cette affaire à rebondissements. Pour lui, les solutions sont simplissimes, soit le gouvernement algérien se donne les moyens de ses paroles et de ses actes et ainsi met à exécution ses intentions de se réapproprier l’unité algérienne d’Orascom. «Mais d’une manière équitable, en payant le juste prix», explique-t-il. Une transaction qui s’élèverait, le cas échéant, à près de 7,8 milliards de dollars, seuil fixé par Vimpelcom pour l’entame des négociations. Si ce scénario est refusé par Alger, Izosimov estime que l’Etat algérien doit permettre à Vimpelcom de posséder et de gérer l’opérateur Djezzy, leader du marché de la téléphonie mobile en Algérie.
Le Russe voit toutefois une autre solution, celle du «compromis»: le gouvernement algérien pourrait prendre une participation d’OTA, en laissant le management à Vimpelcom. Mais une chose est sûre pour le magnat russe des télécoms, une issue devrait être trouvée dans les quelques semaines à venir. «Mon sentiment est que la situation va se clarifier dans les prochaines semaines, pas des mois. A la façon dont l’affaire progresse, nous allons comme nous l’avions prévu», a-t-il ainsi déclaré à l’agence de presse Reuters. Izosimov a ajouté qu’il comptait sur le soutien politique de la Russie et son amitié avec l’Algérie, afin que cette transaction trouve un épilogue favorable.

La question aurait ainsi été soulevée, dit-il, par le président russe Dmitri Medvedev, à l’occasion de sa toute récente visite à Alger et lors de son entretien avec son homologue Abdelaziz Bouteflika. «Je pense que le soutien politique ne se limite pas à un président ou à un Premier ministre en visite, qui soulève une question et l’aborde avec ses homologues. Bien sûr, nous espérons que le gouvernement russe nous soutienne jusqu’à ce que ce problème soit résolu», a toutefois affirmé Izosimov.

D’autant plus que le patron de Vimpelcom a eu, durant sa visite algéroise, une réunion avec Karim Djoudi, ministre des Finances. «Nous avons eu un entretien très cordial. Mais de plus amples négociations reprendront après une brève pause», a-t-il expliqué, poursuivant : «Mon sentiment est qu’il y a du côté algérien comme du côté russe une réelle volonté de trouver une solution à l’amiable.» Mais comment s’explique-t-il ce blocage, inattendu pour Vimpelcom, tant la possession de Djezzy était pour eux secondaire ? «La situation est très sensible, car Djezzy est la deuxième ou la troisième plus grande entreprise algérienne. Elle est un acteur important de l’économie algérienne.

C’est pourquoi tout ce qui a trait à cette entité est entouré d’une forte charge politique. Je suis cependant optimiste quant au fait que nous sommes tous en mesure de procéder à une analyse plus pragmatique et dépassionnée de la question», répond Izosimov à Reuters. La question qui demeure en suspens est la position du gouvernement algérien quant à ces développements en cascade. Car, depuis la déclaration du ministre de l’Industrie, M. Benmeradi, qui a réaffirmé la volonté de l’Etat d’acquérir Djezzy à la faveur d’un droit de préemption, aucune voix officielle n’est venue répondre aux déclarations en chaîne faites par Vimpelcom et par Orascom. Silence synonyme d’embarras ou de temporisation afin de trouver, dans le maquis de la finance mondialisée, une sortie honorable ?
(S/Elwatan)