Avoir un cancer retarderait l'apparition de la maladie d'Alzheimer et inversement, selon une nouvelle étude publiée dans la revue Neurology et qui devait être présentée au congrès international de l'Association Alzheimer qui a débuté le week-end dernier à Boston.


On dénombre à l'heure actuelle 850 000 personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer. Et selon des projections, cette prévalence devrait tripler d'ici 25 ans. Par ailleurs, 355 000 nouveaux cas de cancers ont été diagnostiqués en 2012, selon un rapport de l'Institut national du cancer (INCa).

L'étude, menée par Massimo Musicco et son équipe auprès d'une population de 25 000 Milanais, visait à évaluer l'incidence (nombre de nouveaux cas par an) de cancer chez les patients Alzheimer et, réciproquement, l'incidence de la maladie d'Alzheimer chez des personnes atteintes d'un cancer. Pour cela, les chercheurs ont examiné les dossiers médicaux de plus d'1 million de patients milanais entre 2004 et 2009.

Et là, surprise ! Les résultats montrent une relation inverse entre les deux pathologies. Ainsi, les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer avaient un risque de développer un cancer inférieur de 43 % par rapport à la population générale, tandis que les patients souffrant d'un cancer avaient un risque inférieur de 35 % de développer un Alzheimer, rapportent les auteurs. Plus précisément, 21 451 participants ont été atteints d’un cancer au cours de l’étude et 2 832 ont développé une maladie d’Alzheimer. Mais seuls 161 d'entre eux ont contracté les deux maladies.

Si les auteurs n'ont pas encore d'explication précise à cette relation inverse, ils avancent l'hypothèse selon laquelle les deux maladies seraient simplement deux facettes du vieillissement dirigées par deux sets de gènes distincts : les uns conduiraient au développement de la maladie d'Alzheimer, les autres à celui d'un cancer.

Jane A. Driver, épidémiologiste, oncologue et gériatre au VA Healthcare System et au Brigham and Women's Hospital de Boston, qui a mené des travaux similaires aux Etats-Unis, soutient cette hypothèse. Selon elle, les deux maladies seraient en effet causées par une activité génétique opposée qui entraîne la multiplication excessive de cellules devenues immortelles dans le cancer et, au contraire, la mort précoce de cellules du cerveau incapables de se reproduire dans la maladie d'Alzheimer. La chercheuse travaille actuellement au développement de médicaments-candidats accroissant ou réduisant l'activité du gène PIN1, qui semble impliqué dans les deux pathologies.

Quant à l'hypothèse selon laquelle les patients de l'une ou l'autre des deux maladies décèderait avant d'atteindre l'âge pour développer la seconde, l'étude italienne montre qu'elle n'est pas valable, affirme Massimo Musicco.

Ce dernier précise toutefois que tous les cancers ne préviendraient pas la maladie d'Alzheimer, tel le cancer de la prostate qui semble n'avoir aucun effet protecteur.

Source: doctissimo.fr